Merci Ismaïlia !

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Le Cameroun jouait ses matchs de groupe à Ismaïlia en Egypte, une ville située à 120 km de la capitale Le Caire. Ismaïlia est entre Port-Saïd et Suez, trois villes traversées par le fameux Canal de Suez, et cette coupe d’Afrique des Nations 2019 était une occasion de découvrir cette contrée étrange mais accueillante.

Ce billet a été publié originellement sur dania.mondoblog.org.

Contrée étrange par le comportement de ses citoyens, si accueillants et si méfiants en même temps. En arrivant à Ismaïlia, on a l’impression que tout le monde est policier. A la fois ceux qui portent la tenue et ceux qui sont en civil. La barrière de la langue était un vrai cauchemar. L’Egypte ne parle pas anglais comme c’était communément entendu, ni l’arabe conventionnel, mais un dialecte arabophone. Le seul traducteur qu’on avait dans notre équipe se nommait Ahmad, un flic qui a du chic, mais très vite porté par un zèle incompréhensible.

Le jour du match d’ouverture au Caire, Ahmad est supposé nous accompagner. Il nous impose une escale obligatoire chez son cousin restaurateur, avant d’évoquer le départ pour le stade. Nous traversons toutes les barrières de police, et nous tournons en rond. Ahmad parle aux policiers, mais au bout de 20 minutes, nous nous rendons compte que nous n’entrerons pas au stade international du Caire. La vérité est que Ahmad ne voudra pas qu’on y aille. Durant notre séjour, il avait oublié que nous étions des journalistes et était plutôt intéressé par le côté guide touristique improvisé. Du coup, certains de mes collègues et moi-même avons compris qu’il ne fallait pas compter sur lui pour passer un agréable séjour en terre égyptienne.

Par bonheur, je suis tombé sur Ahmed Rashwan, un chauffeur de taxi. Il baragouinait un français mélangé avec un peu d’anglais et d’arabe, mais a réussi à me convaincre de rencontrer son frère Mohamed et son neveu Marmoud. Mohamed m’a expliqué l’histoire du Canal de Suez et la fierté qu’ils ont tous à résider dans la région. Il s’exprime très bien en français, étant enseignant de français à la retraite. Il faut dire que tous ceux qui apprennent les langues étrangères ici sont privilégiés pour être traducteurs ou guides touristiques. Les 300 jeunes volontaires recrutés pour le stade d’Ismaïlia à l’occasion de cette coupe d’Afrique des Nations étaient pour la plupart des étudiants en langues. C’est une filière très demandée dans ce pays, et parler quelques mots de français ou d’anglais ouvre les portes de l’emploi à ces jeunes.

Avec Ahmed et sa famille. Crédit photo : Dania

Boda Bebo n’a pas cette chance. Ce jeune et son petit frère s’occupent du restaurant de leur papa dans la nuit. Il faut dire que l’habitude à Ismaïlia était d’ouvrir à 11h du matin et de fermer le lendemain à 3h du matin. Boda est devenu mon ami. Ne sachant pas parler anglais, il mettait souvent son application en marche pour espérer une traduction de l’arabe vers le français. Par moments, cette traduction très approximative le poussait à me demander des choses improbables comme « est-ce que tu veux du cannabis ? », alors qu’il me demandait simplement si je voulais du poulet épicé.

Avec Boda et son frère. Crédit photo : Dania

Les épices égyptiennes, parlons-en ! Cela a été le malheur de tous mes confrères camerounais dans cette ville. Les béninois, plus heureux, ont voyagé avec leur nourriture depuis le pays, ce qui a poussé ma consœur Christelle à aller se ravitailler auprès d’eux, car agacée par la nourriture locale.

Pourtant, à vue d’œil, tous les menus égyptiens donnent envie, surtout la quantité. J’ai eu droit un soir à un poulet entier, trois côtelettes de mouton, une portion de riz, une salade, et une boisson Soda à seulement 70 livres (2450 francs CFA, 3,75 euros). A Ismaïlia le coût de la vie n’est pas élevé, y compris les chambres d’hôtel.  Nous avons payé l’équivalent de 7000 FCFA (10,5 euros) la nuit, petit déjeuner compris. Certes, c’était des chambres avec double lit ou triple lit, mais le traitement était bon. Chez le barbier par contre, il fallait débourser 100 livres (5 euros) pour se faire beau. Le seul regret à Ismaïlia restera donc la saveur de la nourriture. Le Ndolè, le taro, le poisson braisé et tous les repas du Cameroun sont définitivement inégalables.

Crédit photo : Dania

Côté organisation de la CAN, il y avait une forte agitation lorsqu’il s’agissait de couvrir les matches du Cameroun, les conférences de presse et les entraînements. En tant que champion en titre, les matchs du Cameroun étaient très demandés, du coup, la presse camerounaise avait souvent du mal à accéder à ces événements du fait d’un certain nombre de restrictions. Les égyptiens eux-mêmes étaient les premiers à demander ces rencontres, y compris les volontaires et autres agents de sécurité qui désertaient souvent leurs postes lorsque les Lions Indomptables apparaissaient.

Ismaïlia est une petite ville comparée au Caire, à Alexandrie, Port-Saïd ou Sharm-el-Sheikh. Mais c’est une ville où les gens ont du cœur. Une ville dans laquelle, les hommes vous proposent de partager leur repas sans vous connaitre. Une ville dans laquelle vous voyez souvent « Welcome to Egypt » pour vous signifier que vous devez vous sentir chez vous. Une ville dans laquelle le propriétaire d’un hôtel prend sur lui de vous commander à un repas à 23h parce que son restaurant à lui est fermé. Une ville dans laquelle la simple évocation de votre nationalité camerounaise vous donne droit à quelques éloges. Une ville dans laquelle aucun acte raciste, xénophobe ou de rejet n’a été vécu durant notre séjour. Merci Ismaïlia !

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