Les Éléphants de Côte d’Ivoire, les Ivoiriens s’en foot

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Tout en étant indifférents aux résultats de leur équipe nationale de foot, les Ivoiriens gardent un œil sur elle. Rencontre avec une dizaine de supportrices et supporteurs désabusés, sélectionneurs à leurs heures.

Ils la regardent en corner, comme on dit au pays, avec l’espoir qu’elle obtienne de meilleurs résultats, pour tirer des boulets contre toute l’équipe et son sélectionneur, ou encore pour proposer leurs solutions. L’élimination de Éléphants en quarts de finale de la CAN 2019 confirme le désamour des Ivoiriens pour leur équipe, mais également leur attachement à celle-ci. Ils ne s’embarrassent pas de dire ce qu’ils en pensent, parce qu’au fond, les Éléphants de Côte d’Ivoire, les Ivoiriens s’en foot.

Yao, 35 ans, teinturier

« Y’a pas beaucoup d’argent ici. Nos joueurs jouent de sorte à être rapidement éliminés pour retourner jouer en Europe, dans leurs championnats respectifs. Mais il faut dire que notre sélectionneur (Ibrahim Kamara) ne fait pas notre affaire. Nous avons de bons footballeurs : Cornet, Zaha, Pépé, Gradel… C’est une chance pour la Côte d’Ivoire d’avoir de tels joueurs qui prouvent leur valeur en club, dans les plus grands championnats. Mais le coach est incapable de les encadrer. Il ne peut même pas les faire jouer dans un système de jeu. Je préfère donc écouter radio Bouaké. »

Silvia, 32 ans, ingénieure des travaux publics

« Prier pour la victoire de ceux-là, pourquoi ? J’ai d’autres choses à faire. Mais bon, c’était mon souhait qu’ils gagnent [le quart de finale contre l’Algérie], mais malheureusement ils ont perdu. J’avoue que je n’ai pas suivi le match, je ne croyais pas trop à la victoire de notre équipe à cause de ses précédentes prestations. »

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M. Traoré, 73 ans, retraité

« Nous avons de bons joueurs, mais c’est par chance que nous avons atteint les quarts de finale. Nous n’avons pas de fond de jeu. Nos joueurs ont produit leur football en fonction de leur entraîneur. Il était incapable de contrer les tactiques des coachs adverses. Et puis beaucoup de nos joueurs banquettent dans leurs clubs. En les sélectionnant, on les fait souffrir sur le terrain, déjà qu’ils viennent d’horizons divers et n’ont pas de vécu ensemble. J’ai été impressionné par le défenseur de l’ASEC Mimosas Wonlo Coulibaly. Il est la preuve qu’il faut mieux considérer nos footballeurs locaux. Il faut investir dans les tournois de jeunes pour y tirer notre future équipe nationale, sinon en 2023 [année de la CAN en Côte d’Ivoire, ndlr] nous allons subir le même sort que l’Égypte cette année. Et par-dessus tout, l’entraîneur doit retourner à l’école. Et puis son patron, le président de la Fédération, et son équipe doivent céder la place à de nouveaux dirigeants. Ils doivent partir, ils ont montré leurs limites dans la gestion de notre équipe. Produire un tel jeu, avec tout l’argent [4,2 milliards de FCFA, soit 6,4 millions d’euros, ndlr] qui a été mis à la disposition de cette équipe, c’est simplement un scandale. »

Modeste, 29 ans, étudiant

« Nous n’avons pas de système de jeu, nous jouons avec la chance. La stratégie de l’entraîneur a commencé à se dessiner en quart de finale, mais c’était trop tard puisque l’Algérie était mieux préparée que nous. Il fallait commencer à jouer comme ça dès le début de la compétition pour espérer aller plus loin. Mais comme toujours, on a préféré l’improvisation. Si on veut remporter des coupes, il nous faut rompre avec les mauvaises habitudes. »

Michael, 25 ans, étudiant

« Pour les quarts de finale, on n’a manqué de chance. Mais au début de la compétition, nos joueurs manquaient de confiance. C’est parce que l’entraineur lui-même manque d’expérience. On dirait qu’il n’avait pas les mots pour coacher et motiver ses joueurs. On voyait bien à la télé qu’il restait muet alors que ses joueurs étaient en difficulté pendant le jeu, comme s’il n’avait rien préparé comme tactique de jeu. Quand les joueurs se disputaient sur le terrain, il restait encore muet. Mais je crois qu’on ne doit pas désespérer de cette équipe. Elle a juste besoin de jouer beaucoup plus ensemble et dans un nouvel esprit. Et puis on n’a pas besoin d’un entraîneur blanc. Le sélectionneur actuel doit simplement prendre conseil auprès de ses prédécesseurs à la tête des Éléphants. François Zahui peut lui être utile, c’est un coach très rigoureux, expérimenté et il a une bonne influence sur ses joueurs. Il l’a prouvé en 2012 quand il était le sélectionneur. À l’époque, ils n’avaient certes pas remporté la coupe, mais ils ont atteint la finale sans perdre un match et sans encaisser le moindre but. C’est peut-être Zahui qu’il faut à la tête des éléphants. »

M. Koffi, 60 ans, retraité

« Je n’ai rien contre cette équipe. Depuis le temps de Drogba, les Eléphants trouvent leur jeu en avançant dans la compétition. Nos joueurs ont fait de leur mieux. La preuve, ils n’ont été éliminés qu’aux tirs au but. Mais malheureusement, c’était au moment où l’équipe gagnait en puissance. Mon souhait, c’est qu’à l’avenir on détecte plus des joueurs locaux qu’on pourra sélectionner. Hervé Renard [sélectionneur et vainqueur de la CAN 2015 avec la Côte d’Ivoire, ndlr] l’a fait en son temps. Martial Yeo [sélectionneur et vainqueur de la CAN 1992 avec la Côte d’Ivoire, ndlr] l’avait fait avant lui. Il n’y a donc aucune raison que ça ne fonctionne pas encore »

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Jacques, 40 ans, mototaxi

« Le dernier match des Éléphants est acceptable. Si ils avaient joué comme ça depuis le début de la compétition, ils auraient certainement fait mieux qu’un quart de finale. Je crois qu’on peut garder l’entraîneur. Ce sont les joueurs qui doivent plutôt s’appliquer. »

Fatou, 51 ans, secrétaire administrative et restauratrice

« Je supporterai toujours nos Éléphants. Leur dernier match était satisfaisant. Seulement, il faut limoger l’entraîneur. Il donne l’impression de ne pas connaître ses propres joueurs. J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de favoritisme dans cette équipe, je ne comprends pas qu’on maintienne un joueur sur le terrain alors qu’il n’est pas performant. Pourtant, il y a d’autres joueurs sur le banc qui feraient l’affaire. En fait, ce sont tous les dirigeants de la fédération qu’il faut chasser ».

Jean-Louis, 17 ans, élève

« Les Éléphants se sont débrouillés sur le terrain, au quart de finale surtout. C’est parce qu’ils ont un bon niveau, contrairement à leur entraîneur qui faisait des choix approximatifs. »

Conclusion : les Éléphant de Côte d’Ivoire, ce n’est pas que l’affaire des joueurs, du coach et des dirigeants de la fédération ivoirienne de football. Cette équipe concerne tout les Ivoiriens, sans distinction d’âge, de sexe et de profession. Même si elle fédère, il me semble qu’il ne serait pas inutile de prendre en compte les remarques de ses premiers supporteurs que sont les Ivoiriens. Ce n’est qu’en les écoutant que notre sélection nationale procurera à nouveau de la joie à ses fans.

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