« Ancien arbitre, j’ai dirigé un match d’ouverture de la CAN en Égypte »

Les arbitres africains, comme les joueurs, rêvent d’officier à la Coupe d’Afrique des Nations (CAN). Lassina Paré, 54 ans, fait partie de ceux qui ont eu cette chance. L’ancien arbitre burkinabé a été choisi pour le match d’ouverture de la CAN 2006 en Égypte. C’était le 20 janvier 2006 au Caire.

Ce billet a été originellement publié sur lemessagerdafrique.mondoblog.org.

Aujourd’hui à la retraite, Lassina Paré évoque avec nostalgie ses souvenirs de la CAN 2006. Avec son frère jumeau Losseni, il a eu la surprise d’être désigné pour officier pendant le match d’ouverture de cette compétition qui se déroulait aussi en Égypte. « Faire l’ouverture d’une CAN, c’est une énorme tâche parce que cela comporte beaucoup de facettes qu’il faut savoir bien gérer. A l’annonce de la nouvelle, cela a été comme un coup de massue parce que derrière la joie, il y avait la peur bleue. On se demandait pourquoi nous sur ce match et si on pourrait tirer notre épingle du jeu », me confie Lassina Paré.

L’ancien arbitre m’explique qu’un match d’ouverture de la CAN est pareil à la finale. Ce sont deux des matchs les plus suivis de la compétition. Le stade est toujours bondé. Une forte ferveur. La pression du public. Tout est au rendez-vous pour mettre la pression sur l’arbitre. En plus de cela, l’Égypte et la Libye qui s’affrontaient ce jour-là entretiennent de fortes rivalités sportives. Informés avec son frère alors qu’ils étaient au restaurant, les deux hommes en perdent l’appétit. Ils décident donc se de retirer pour retrouver leurs esprits. Finalement, hormis les difficultés pour accéder au stade du fait de l’arrivée du chef d’Etat au match d’ouverture, tout s’est bien passé, selon les souvenirs de Lassina Paré.

Des décisions déterminantes

Diriger un match d’ouverture avec beaucoup d’enjeux peut pousser l’arbitre à commettre des erreurs s’il ne maitrise pas bien son sujet. A ce propos, Lassina Paré se rappelle avoir pris une bonne décision : « il y a eu une situation de jeu où j’ai failli me tromper mais j’ai pris la bonne décision. Un joueur libyen (le gardien) a commis une faute et il y avait un penalty. Je lui ai donné un carton rouge parce qu’il était le dernier défenseur. Il a protesté parce qu’il n’était pas d’accord avec le carton rouge. Pourtant, il était le dernier défenseur ». Au débriefing après le match, l’arbitre Paré est conforté dans sa décision.

Tout n’a pas été forcément parfait pendant ce match d’ouverture. « Il y a eu une phase de jeu où j’ai mis un carton de jaune à un joueur, l’égyptien Mohamed Abou Treika, en le confondant avec un autre. Abou Treika est venu vers moi pour dire qu’il n’avait pas commis cette faute. Mais en tant qu’arbitre, on ne croit jamais les joueurs. S’il dit quelque chose et qu’il t’a trompé, tu récoltes les pots cassés », prévient Paré. Son conseil : un arbitre doit se fier uniquement à ses assistants. Ces derniers sont là pour l’aider dans ses décisions. Malgré cette mauvaise décision, Lassina Paré deviendra plus tard un bon ami de Mohamed Abou Treika.

Lassina Paré pour la VAR

Pour la première fois, la Confédération africaine de football a décidé d’introduire l’assistance vidéo (VAR) à la CAN. Lassina Paré est favorable à l’arrivée de la vidéo dans le football. « J’étais opposé à la vidéo parce que pour moi, le football doit demeurer naturel. Si c’est la machine qui doit diriger les matchs, quand elle tombe en panne, on fait comment ? (…) j’ai été d’accord avec les décideurs parce qu’ils ont pris uniquement quatre éléments sur lesquels la vidéo pouvait intervenir », apprécie notre arbitre.

Au temps de Lassina Paré, il n’y avait pas d’arbitrage vidéo. Il a eu une situation difficile qu’il a dû trancher sur le champ en contradiction avec le jugement de son assistant. « Là encore c’était un match de l’Égypte, contre le Zimbabwe. C’était ma première participation. A un certain moment, il y a eu un but sur lequel l’assistant pouvait juger que le but est bon mais il n’était pas à la bonne position pour m’aider. J’ai pris le risque de siffler pour dire que le but est rentré », commente Paré. Il sera accueilli le même soir par une haie d’honneur de ses pairs. Bien que n’ayant pas profité des avantages de la VAR, Lassina Paré estime qu’elle permet de rétablir l’équité dans le football.

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

shares